L'IA fait des designs moyens, et ça se voit
Je reconnais un site fait avec Claude Design. Pas besoin de chercher, ça se voit. Et c’est quand même ironique, parce que Claude Design existe précisément pour ça: sortir de la norme, avoir un design un peu plus incroyable que ce que le modèle sortirait tout seul. Sauf que tout le monde s’est mis à l’utiliser, avec quasiment le même prompt. Quand tout le monde demande la même originalité au même outil, l’originalité devient une norme comme une autre.
Les images, même histoire. Tout le monde a fini par remarquer que les visuels générés par ChatGPT se ressemblent tous. Les commerces s’en servent pour leurs pubs à la place d’un graphiste, et ce n’est pas mauvais, mais on les repère au premier coup d’œil.
Un modèle vise le centre
Un modèle sort la réponse la plus probable, littéralement le centre de tout ce qu’il a avalé. L’entraînement pousse dans le même sens: on récompense ce qui plaît au plus grand nombre, donc le consensus, jamais le bizarre. Et par-dessus tout ça, on utilise tous le même outil avec quasiment le même prompt, donc on tire tous le même point de la même distribution.
L’IA sait ce qui est mauvais: elle ne le fera pas. Elle ne sait pas ce qui est exceptionnel: elle ne le fera pas non plus. Ce qui reste entre les deux, c’est la moyenne.
L’exceptionnel d’hier
Le plus drôle: ces designs qu’on qualifie de vibecodés aujourd’hui, on les trouvait incroyables à l’époque. Les grands dégradés d’il y a dix ans, le glassmorphism d’il y a cinq ou six: c’était ça, les meilleurs designs, ceux qu’on me montrait en exemple. Ils n’ont pas empiré depuis. On en a juste beaucoup trop vu, et à force, on a compris que c’était un peu nul.
La moyenne n’est pas moche. C’est l’exceptionnel d’hier, usé par la répétition.
Trois versions de Kilorep
Kilorep, mon app de suivi de musculation, a commencé exactement comme ça: une première version entièrement dessinée par Claude Design, encore en ligne sur v1.kilorep.com.

Au début, j’étais impressionné. Je me disais waouh, incroyable, il fait des trucs trop originaux. Puis j’ai généré d’autres designs, sur d’autres projets, et non: il fait la même chose tout le temps. Le style change, les couleurs changent, les bordures changent, mais c’est le même délire, et ça se remarque.
Et encore, ça, c’est le problème visible. Par défaut, l’interface sort chargée, avec des éléments inutiles un peu partout, jamais assez minimaliste. Le vrai problème, c’est l’expérience utilisateur: catastrophique si personne ne s’en occupe. Alors j’ai itéré. Un premier redesign dans Claude Design, un deuxième avec Claude Code, et c’est cette troisième version qui tourne aujourd’hui sur kilorep.com. Itérer, itérer, itérer jusqu’à quelque chose de correctement utilisable, puis tester à fond pour vérifier que ça l’est vraiment.


Ce site aussi
Celui que vous lisez n’y échappe pas. Son inspiration principale, c’est Wondermake, le site d’une agence de design que j’ai trouvé superbe et que j’ai refait à ma façon.
Le monochrome est un choix: efficace, pas besoin de s’embêter avec les couleurs, et intemporel, donc il tiendra dans le temps. Et il y a des morceaux vibecodés ici aussi, surtout côté design. Ce n’est pas parfait, mais ça reste correct, ça ne me gêne pas tant que ça, et je ne crois pas que ça saute aux yeux.
Le problème, c’est la flemme
Le problème n’a jamais été de vibecoder, ni de laisser l’IA dessiner. Le problème, c’est la flemme: livrer la première sortie du modèle sans jamais réitérer, alors qu’il le faut. C’est comme ça qu’on se retrouve avec dix apps identiques, et au passage pleines de bugs, ce qui est chiant.
L’IA ne fera pas ce qui est mauvais, mais elle ne fera pas non plus ce qui est exceptionnel. La moyenne, elle vous la donne. L’exceptionnel, il faut aller le chercher.