Pourquoi j'écris mes prompts dans le terminal
Ce n’est pas que mes prompts sont pires en dehors du terminal. C’est que je m’amuse plus dedans. L’inspiration vient plus facilement, l’écriture va plus vite, et pendant longtemps j’ai été incapable de dire pourquoi. Maintenant je sais: je m’y sens chez moi.
J’ai pourtant tout ce qu’il faut pour faire autrement. Claude Desktop est installé sur cette machine, l’app web traîne dans un onglet. J’essaye de ne pas m’en servir. Quand je veux parler à un agent, j’ouvre une fenêtre noire.
Je n’ai pas choisi le terminal
C’est Linux qui m’a forcé. À la base, j’étais le mec qui allait tout le temps sur VS Code; le terminal, c’était rare que je l’ouvre, et je n’aimais pas ça du tout. Sauf que plus tu utilises Linux, plus il te rapproche du terminal. Et plus tu vis dans le terminal, plus il te rapproche de Neovim et de tmux. Surtout quand, comme moi, tu aimes customiser et toujours avoir le truc parfait.

Aujourd’hui tout tourne dans Ghostty: Claude Code, Codex, Neovim, lazygit. En sortir pour écrire me demande un effort.

La fenêtre noire en question. Le prompt fait quatre lignes parce que Shift+Entrée fait ce que je lui ai dit de faire.
Ça ressemble à du code
IosevkaTerm, taille 11. Un prompt tapé là-dedans ne ressemble pas à un message: c’est du code, enfin ça y ressemble, et le code, j’aimais bien. Comme j’ai l’habitude de coder dans le terminal, écrire au même endroit va tout seul. Je débite, je débite. Et il y a moins la peur de recommencer à partir de zéro.
Chaque site sait mieux que les autres
Ailleurs, tous les textareas ont un avis. Il y en a qui formatent le markdown automatiquement, il y en a qui s’en foutent complètement. Il y en a où Shift+Entrée saute une ligne, d’autres où ça envoie le message direct. Chacun te dit: moi, je sais mieux que les autres. Et toutes ces différences s’additionnent en un truc chiant qui fait qu’on ne se sent pas chez nous là-bas.

L’ergonomie a un nom pour ça: le mode error, la même touche qui fait deux choses différentes selon le contexte. La règle violée s’appelle la cohérence, et la littérature HCI en parle comme de sa règle d’or. Mon agacement a des références.
Dans le terminal, la question disparaît. Aucune différence entre un outil et l’autre: même police, mêmes couleurs, même Entrée. Pour les yeux et pour le cerveau, c’est plus facile.
L’effet IKEA
En creusant, je suis tombé sur un deuxième nom: l’effet IKEA. On donne plus de valeur à ce qu’on a assemblé soi-même; l’effort crée la possession, la possession crée l’attachement. Les chercheurs rangent ça dans les biais cognitifs. Je veux bien être biaisé.
Parce que ce terminal, je l’ai monté pièce par pièce. Deux lignes de mon ghostty.nix:
# Ctrl+Backspace deletes a word everywhere (default sends ^H which collides with Ctrl+H)
"ctrl+backspace=text:\\x17"
# Shift+Enter: raw Meta+Enter so Codex/Claude newlines survive tmux
"shift+enter=text:\\x1b\\x0d"
Réglées une fois, héritées partout: par Claude Code, par Codex, par Neovim, et par tout ce que j’installerai l’année prochaine.
Le test inverse existe. Je SSH sur une machine, je tombe sur le bash par défaut, sans mon fish, sans mon Starship: je n’apprécie pas du tout. Rien n’y marche moins bien, pourtant. C’est juste que ce n’est pas chez moi. La recherche sur le flow dit la même chose avec d’autres mots: pour s’immerger dans une tâche, il faut un environnement familier, pratiqué, qu’on sent sous contrôle. Un textarea différent par site, c’est exactement l’inverse.
Le téléphone quand même
Je ne suis pas intégriste. Quand je ne suis pas chez moi et que je n’ai que mon téléphone, j’ouvre l’app Claude, et pour taper un truc vite fait, c’est plus facile comme ça. Du dépannage. Dès que je retrouve un clavier, je retrouve la fenêtre noire.
C’est comme les lits, en fait. Chez moi je me sens bien, je dors facilement dans mon lit; à l’hôtel ou à l’étranger, je dors moins facilement. Le terminal, c’est mon lit. Tous les autres champs de texte sont des chambres d’hôtel.